Négociation des prix des médicaments et remises des assureurs : comment ça fonctionne

Négociation des prix des médicaments et remises des assureurs : comment ça fonctionne
vicky herrera janv., 21 2026

Depuis le 1er janvier 2026, les prix de dix médicaments essentiels ont baissé de 38 % à 79 % pour les bénéficiaires de Medicare. Ce n’est pas un coup de chance. C’est le résultat direct d’une nouvelle loi fédérale qui permet pour la première fois au gouvernement américain de négocier directement les prix des médicaments sur ordonnance. Avant cela, Medicare était obligé d’acheter à prix plein, même quand un seul fabricant contrôlait le marché. Aujourd’hui, les assureurs et les programmes publics suivent un modèle différent - et ça change tout.

Comment Medicare négocie les prix des médicaments

Le programme de négociation des prix des médicaments, créé par la loi sur la réduction de l’inflation de 2022, a mis fin à une règle vieille de 20 ans : Medicare ne pouvait pas discuter du prix des médicaments. Depuis 2003, les assureurs privés négociaient des remises avec les laboratoires, mais Medicare restait à l’écart. La loi a changé ça. Désormais, le Centre pour les services Medicare & Medicaid (CMS) choisit les médicaments les plus coûteux et sans concurrence - c’est-à-dire ceux sans génériques ni biosimilaires - et négocie un prix maximal juste, appelé « Maximum Fair Price » (MFP).

Le processus est rigoureux. En février 2024, CMS a envoyé une première offre à chaque fabricant des 10 médicaments sélectionnés. Chaque offre était basée sur des données concrètes : combien le médicament coûte réellement, combien il est utilisé, et quelles sont les alternatives thérapeutiques. Les fabricants avaient 30 jours pour répondre. Ensuite, CMS a mené trois réunions de négociation avec chaque entreprise entre avril et juillet 2024. Pour cinq médicaments, un accord a été trouvé sur la table. Pour les cinq autres, les négociations se sont terminées par des échanges écrits. Le résultat ? Des remises moyennes de 62 %.

Les médicaments concernés incluent des traitements très courants : Eliquis (pour les caillots), Jardiance (pour le diabète) et Xarelto (pour la prévention des AVC). Ensemble, ils représentaient 50,5 milliards de dollars de dépenses Medicare en 2022. Eliquis seul coûtait 6,3 milliards. Maintenant, les prix sont fixés à un niveau que CMS juge juste - et ce prix s’applique à tous les plans Part D.

Les remises des assureurs privés, c’est quoi ?

Les assureurs privés n’ont jamais eu l’interdiction de négocier. Depuis toujours, ils demandent des rabais aux laboratoires en échange d’une place dans leur liste de médicaments couverts (formulaire). Plus un médicament est utilisé, plus l’assureur a de pouvoir de négociation. Ces remises ne sont pas toujours visibles pour le patient : elles apparaissent comme des « rebates » entre l’assureur et le fabricant. Le prix affiché en pharmacie peut rester élevé, même si l’assureur paie beaucoup moins.

La différence avec Medicare, c’est la transparence. Les prix négociés par CMS sont publiés officiellement. Chaque plan Part D doit les appliquer. Il n’y a plus de secret. Les patients paient directement le nouveau prix, sans attendre que l’assureur répercute la remise. C’est pourquoi, pour beaucoup, la baisse du prix est soudaine et visible dès le 1er janvier 2026.

Comment les prix sont-ils calculés ?

CMS ne fixe pas un prix au hasard. Il utilise deux formules, et retient la plus basse :

  1. Le prix moyen payé par les assureurs privés, après déduction de toutes les remises et rabais (appelé « net price »).
  2. Un pourcentage du prix moyen non fédéral du fabricant (non-FAMP), ajusté selon la demande et la rareté du médicament.

Par exemple, si un médicament coûte 1 000 $ en vente libre, mais que les assureurs privés paient en moyenne 500 $ après remises, CMS ne peut pas fixer un prix supérieur à 500 $. S’il estime que 400 $ est un prix juste en fonction de la valeur thérapeutique, il peut aller jusqu’à 400 $. Le fabricant doit accepter ce prix ou perdre l’accès au marché Medicare.

Le système est conçu pour éviter les abus. Un médicament ne peut être négocié que s’il est âgé de 7 ans minimum (ou 11 ans pour les biologiques). Cela protège les innovations récentes. Mais dès qu’un médicament atteint cet âge sans générique, il devient éligible. En 2027, 15 nouveaux médicaments entreront dans le programme. En 2028, ce sera au tour des médicaments administrés en clinique (Part B), comme ceux utilisés en chimiothérapie.

Pharmacie au matin où des patients découvrent une chute soudaine des prix de leurs médicaments.

Les effets en cascade sur les assureurs et les patients

Les remises obtenues par Medicare n’ont pas seulement un impact sur les bénéficiaires du programme. Elles influencent aussi les assureurs privés. Beaucoup d’entre eux ont déjà commencé à demander les mêmes prix aux fabricants. Pourquoi payer plus si Medicare paie moins ? C’est ce qu’on appelle l’effet « spillover » - une baisse des prix qui se propage au marché privé.

Des études estiment que les assureurs privés pourraient économiser entre 200 et 250 milliards de dollars sur dix ans grâce à cette pression sur les prix. Cela pourrait se traduire par des primes plus basses, des franchises réduites, ou des co-paiements plus faibles pour les assurés. Pour les patients qui ne sont pas sous Medicare, cette baisse n’est pas automatique - mais elle est de plus en plus probable.

Pour les patients Medicare, les gains sont immédiats. Dans la phase de « trou de donut » (la période où ils paient tout de leur poche après avoir dépassé leur plafond de remboursement), les prix réduits signifient moins d’argent dépensé. Pour ceux en phase catastrophique, les réductions sont moins visibles, car ils ne paient qu’une petite part du prix. Mais même là, les économies pour le programme se répercutent sur les finances publiques, ce qui peut aider à maintenir les prestations à long terme.

Les réactions des laboratoires et les défis juridiques

Les grands laboratoires n’ont pas accepté cette réforme sans résistance. Quatre des dix fabricants concernés ont intenté un procès en août 2023, arguant que la négociation violait leur droit de propriété. Le juge Carl Nichols a rejeté ces recours en août 2024, mais des appels sont en cours. Le lobby pharmaceutique (PhRMA) affirme que cette loi pourrait réduire les investissements dans la recherche de nouveaux médicaments de 112 milliards de dollars sur dix ans. Mais le Bureau de la gestion et du budget a répondu que ces chiffres étaient « fortement exagérés ».

En réalité, les données montrent que les laboratoires continuent de développer de nouveaux traitements. Les autorisations de mise sur le marché ont atteint un record en 2024. Ce qui change, c’est la répartition des profits : les prix élevés pour les médicaments anciens sans concurrence ne sont plus une garantie. Les entreprises doivent désormais choisir entre des marges plus faibles mais plus stables, ou risquer de perdre une part importante du marché.

Carte numérique des États-Unis montrant la propagation des prix réduits du Medicare vers les assureurs privés.

Comment ça va évoluer ?

Le programme est en phase d’expansion. En 2027, 15 nouveaux médicaments seront négociés. En 2028, ce sera au tour des médicaments administrés par les médecins (Part B). Ce changement est crucial : ces médicaments coûtent souvent plus cher que ceux pris à la maison. Un seul traitement de chimiothérapie peut coûter plus de 10 000 $ par mois. Si Medicare négocie ces prix, les économies pourraient dépasser les 50 milliards de dollars par an.

Le CMS a déjà publié la liste des 15 médicaments pour 2027 : Farxiga, Stelara, et d’autres traitements pour le diabète, l’arthrite et les maladies auto-immunes. Les négociations se dérouleront jusqu’en novembre 2025. Les pharmacies et les cliniques doivent déjà se préparer. Les systèmes informatiques doivent être mis à jour, les factures modifiées, le personnel formé. Selon une étude de Definitive Healthcare, 78 % des gestionnaires de prestations pharmaceutiques ont déjà lancé des programmes de formation pour gérer les nouveaux prix.

Que faire si vous êtes concerné ?

Si vous êtes sous Medicare Part D, vérifiez votre plan pour 2026. Vos médicaments ont peut-être baissé de prix. Si vous payez encore trop cher, contactez votre assureur : ils doivent appliquer les prix négociés. Si vous êtes sous un plan privé, demandez à votre assureur s’il a négocié les mêmes remises que Medicare. De plus en plus le font.

Si vous êtes médecin ou pharmacien, familiarisez-vous avec la liste des prix négociés. Vos patients vont poser des questions. Votre système de facturation doit refléter les nouveaux montants. Les erreurs de paiement peuvent entraîner des remboursements ou des pénalités.

Le système de prix des médicaments aux États-Unis était cassé. Les patients payaient trop, les assureurs perdaient de l’argent, et les laboratoires faisaient des profits énormes sur des médicaments anciens. Ce n’est plus le cas. La négociation a commencé. Et elle ne va pas s’arrêter.

Pourquoi Medicare ne pouvait-il pas négocier les prix avant 2022 ?

Depuis la création du Medicare Part D en 2003, la loi interdisait au gouvernement de négocier directement les prix des médicaments. Cette règle avait été imposée sous pression des laboratoires pharmaceutiques, qui craignaient que la négociation réduise leurs profits. Le système reposait sur la libre négociation entre les assureurs privés et les fabricants, sans intervention fédérale. La loi sur la réduction de l’inflation de 2022 a levé cette interdiction pour la première fois.

Les prix négociés s’appliquent-ils à tout le monde, ou seulement aux bénéficiaires de Medicare ?

Les prix négociés par Medicare s’appliquent d’abord aux plans Part D et, plus tard, aux services de soins en clinique (Part B). Mais les assureurs privés commencent à les adopter aussi, car il est plus simple de suivre le prix le plus bas que de négocier des remises séparées. C’est ce qu’on appelle l’effet « spillover ». Ce n’est pas obligatoire, mais de plus en plus d’assureurs le font pour réduire leurs coûts.

Comment savoir si mon médicament est concerné par la négociation ?

Vous pouvez consulter la liste officielle des médicaments négociés sur le site du CMS (Centers for Medicare & Medicaid Services). Les dix premiers sont Eliquis, Jardiance, Xarelto, Farxiga, et d’autres traitements pour le diabète, les maladies cardiaques et les troubles auto-immuns. Si votre médicament est sur cette liste et que vous êtes sous Medicare, vous devriez voir une baisse de prix dès le 1er janvier 2026. Pour les autres, vérifiez avec votre pharmacie ou votre assureur.

Les laboratoires peuvent-ils refuser de vendre à un prix négocié ?

Oui, mais avec des conséquences. Si un fabricant refuse le prix négocié, il ne peut plus vendre ce médicament dans le cadre de Medicare. Cela signifie qu’il perd un marché de plus de 60 millions de personnes. Pour la plupart des laboratoires, c’est une perte trop importante. C’est pourquoi tous les fabricants des dix premiers médicaments ont accepté les prix proposés, même s’ils ont contesté la loi en justice.

Est-ce que cette loi va faire baisser les prix des médicaments pour tout le monde ?

Pas immédiatement, mais oui, à terme. Les assureurs privés suivent de plus en plus les prix fixés par Medicare, car c’est plus simple et moins cher. Les pharmacies et les hôpitaux adaptent aussi leurs contrats. À long terme, cette pression sur les prix va forcer les fabricants à revoir leur stratégie de tarification aux États-Unis. Ce n’est pas une révolution, mais une évolution lente et profonde.

5 Commentaires

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    Nathalie Silva-Sosa

    janvier 22, 2026 AT 20:35

    C’est fou ce que ça change pour les patients ! J’ai ma mère sous Medicare, et Eliquis est passé de 450€ à 170€ le mois. Elle pleurait en voyant sa facture. Ce n’est pas juste une réduction, c’est une question de survie. 😊

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    Pastor Kasi Ernstein

    janvier 22, 2026 AT 23:40

    La négociation gouvernementale des prix est une première étape vers le contrôle total du marché pharmaceutique. Derrière cette « transparence », se cache un projet de planification centralisée qui éliminera progressivement l’innovation privée. Les laboratoires ne sont pas des voleurs, ils sont les gardiens de la santé future.

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    Diane Fournier

    janvier 23, 2026 AT 16:06

    Intéressant… sauf que personne ne parle du fait que les prix ont déjà baissé chez les assureurs privés depuis 2020. Ce n’est pas une révolution, c’est une mise à jour de ce que tout le monde faisait déjà. Et maintenant, on veut nous faire croire que c’est un exploit ?

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    christophe gayraud

    janvier 23, 2026 AT 19:18

    Les labos ont accepté ? Bien sûr ! Parce qu’ils savent que la prochaine cible, c’est les vaccins, les insulines, et après… les antibiotiques. Ils jouent le jeu pour garder un peu de pouvoir. C’est un piège. Un piège bien emballé avec des graphiques et des chiffres. Vous croyez que c’est pour vous ? Non. C’est pour les banques qui financent le CMS.

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    Louis Stephenson

    janvier 24, 2026 AT 12:12

    Je suis pharmacien dans un petit village. Depuis janvier, les patients me disent : « Tu vois, c’est pas magique, c’est juste que le prix a changé. » C’est ça, la vraie réforme : pas de slogans, juste moins de stress financier. Et ça, ça vaut plus qu’un discours.

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