Les médicaments contrefaits tuent - et vous pouvez les arrêter
Imaginez que vous ou un proche prenez un médicament pour la pression artérielle, le diabète ou la douleur chronique. Vous croyez que c’est la bonne pilule. Mais ce n’est pas le cas. Il pourrait ne contenir aucun ingrédient actif. Ou pire : des produits chimiques toxiques. C’est ce que les experts appellent des médicaments contrefaits. Selon l’Organisation mondiale de la santé, près de 10 % des médicaments vendus en ligne sont des contrefaçons. En 2022, plus de 4,3 millions de produits pharmaceutiques falsifiés ont été saisis dans le monde - dont des centaines de milliers en Amérique du Nord. Ce n’est pas un problème lointain. C’est un danger immédiat. Et la seule façon d’arrêter cette chaîne, c’est de signaler ce que vous voyez.
Que sont exactement les médicaments contrefaits ?
Un médicament contrefait n’est pas simplement un produit de mauvaise qualité. C’est une fraude criminelle. Il peut être :
- Contenant une dose incorrecte d’ingrédient actif (trop peu, ou trop)
- Contenant des substances dangereuses comme du talc, du sucre, ou même du fentanyl
- Emballé dans un conditionnement qui imite parfaitement la marque originale
- Étiqueté avec des informations fausses, des erreurs d’orthographe, ou un numéro de lot manquant
Les contrefaçons sont souvent vendues sur des sites web illégaux, via des réseaux sociaux, ou même dans des pharmacies locales qui ne vérifient pas leurs fournisseurs. Elles ciblent particulièrement les traitements populaires : antidouleurs opioïdes, médicaments pour la dysfonction érectile, pilules amaigrissantes, et insuline. La plupart des cas signalés en 2023 provenaient de ces catégories.
Que faire si vous pensez avoir un médicament contrefait ?
Ne jetez pas le médicament. Ne le donnez à personne. Ne le jetez pas dans les toilettes non plus. Voici ce qu’il faut faire immédiatement :
- Conservez le produit et son emballage - intact. C’est la preuve la plus précieuse pour les enquêteurs. Même une étiquette déchirée ou un numéro de lot flou peut faire la différence.
- Prenez des photos : l’emballage entier, la pilule, les inscriptions, les différences visuelles par rapport à ce que vous avez déjà pris.
- Consultez votre médecin ou pharmacien si vous avez eu des effets secondaires inhabituels : nausées sévères, étourdissements, réactions allergiques. Ils peuvent vous aider à confirmer si le médicament est suspect.
- Signalez-le à la bonne autorité - et pas à n’importe laquelle.
Comment signaler : les bonnes voies selon votre situation
Il n’y a pas une seule façon de signaler. Cela dépend de ce que vous avez, où vous êtes, et si vous êtes un patient ou un professionnel de santé.
Si vous êtes un patient ou un consommateur (la plupart d’entre vous)
Le système le plus simple et le plus efficace au Canada et aux États-Unis est MedWatch, géré par la FDA. Même si vous êtes au Canada, vous pouvez utiliser ce système si le médicament vient des États-Unis - ce qui est fréquent.
Vous pouvez remplir le formulaire en ligne : www.fda.gov/medwatch. Le formulaire demande :
- Le nom exact du médicament (marque et générique)
- La dose (ex. : 10 mg)
- Le numéro de lot (trouvé sur l’emballage)
- Le NDC (numéro de code national du médicament - sur l’étiquette)
- Le lieu d’achat (site web, pharmacie, etc.)
- Les effets observés (même légers)
Les rapports électroniques reçoivent une confirmation dans les 72 heures. Les rapports papier prennent jusqu’à 14 jours. Si vous n’avez pas d’accès à Internet, appelez le 1-800-FDA-1088 (24/7).
Si vous pensez qu’il s’agit d’une opération criminelle organisée
Si vous avez vu un site web qui vend des médicaments sans ordonnance, ou si vous avez été approché par quelqu’un qui vend des pilules dans un stationnement, vous devez contacter l’Office of Criminal Investigations (OCI) de la FDA. C’est la branche chargée des enquêtes pénales.
Le portail est ici : www.fda.gov/oci. Vous devrez fournir :
- Les dates et lieux exacts de la transaction
- Les noms ou descriptions des personnes impliquées
- Des preuves photographiques ou des captures d’écran
- Si possible, le numéro de lot et l’emballage
L’OCI traite les rapports urgents en moins de 48 heures. En 2022, ils ont mené plus de 1 800 enquêtes sur des médicaments contrefaits, ce qui a conduit à 187 condamnations criminelles.
Si vous êtes un pharmacien ou un professionnel de santé
Vous avez accès à des canaux plus directs. Les grands fabricants comme Pfizer, Roche ou Merck ont des lignes dédiées à la sécurité des produits. Par exemple, Roche demande à ses partenaires de contacter leur département d’assurance qualité par l’intermédiaire de leur site local. Pfizer répond en moins de 4 heures. Ces rapports permettent de bloquer des lots entiers avant qu’ils n’atteignent les patients.
Les erreurs à ne jamais commettre
Beaucoup de gens veulent signaler, mais font des erreurs qui ralentissent ou bloquent l’enquête.
- Ne pas conserver l’emballage : 89 % des rapports avec photos sont traités plus vite. Sans preuve physique, les autorités ne peuvent pas tracer la source.
- Signaler à la mauvaise agence : Envoyer un rapport sur un médicament contrefait à la police locale ou à l’Agence de la santé publique du Canada sans le transmettre à la FDA ou à l’OCI, c’est comme appeler les pompiers pour un vol - ils ne peuvent pas agir.
- Attendre trop longtemps : Plus vous attendez, plus le produit est probablement déjà distribué. Les enquêtes sont plus efficaces dans les 72 heures suivant la découverte.
- Ne pas décrire les effets : Même un léger mal de tête ou une nausée peut être un signe d’ingrédient toxique. Notez tout.
Comment reconnaître un médicament contrefait ?
Voici les signes les plus courants, basés sur les données de la FDA et de l’Organisation mondiale de la santé :
- Orthographe incorrecte : "Lipitor" écrit "Lipitor" avec un "i" manquant, ou "Metformin" avec un "e" au lieu d’un "a".
- Numéro de lot manquant : Présent dans 63 % des contrefaçons.
- Couleur, forme ou odeur inhabituelle : Une pilule qui devrait être bleue est blanche. Une poudre qui sent le plastique.
- Emballage de mauvaise qualité : Collants mal alignés, encres qui s’effacent, texte flou.
- Site web suspect : Pas de numéro de téléphone, pas d’adresse physique, pas de pharmacien disponible en ligne.
La plupart des contrefaçons ont au moins trois de ces signes. Si vous voyez un seul, vérifiez. Si vous en voyez deux, signalez.
Les nouvelles technologies qui aident à lutter contre la contrefaçon
Les autorités ne luttent pas à mains nues. Depuis 2023, la FDA teste un système de QR code sur les emballages. En scannant le code avec votre téléphone, vous pouvez vérifier l’authenticité du médicament en quelques secondes. Plus de 20 fabricants, dont Pfizer et Merck, y participent déjà.
En 2024, la blockchain devrait être intégrée à la chaîne d’approvisionnement pharmaceutique aux États-Unis. Chaque pilule sera traçable de l’usine au patient. Cela rendra la contrefaçon beaucoup plus difficile.
Et en 2025, l’OMS lancera une application mobile pour signaler les contrefaçons directement depuis son téléphone - avec traduction automatique en 27 langues.
Vous n’êtes pas seul - et votre action compte
En 2022, un pharmacien à Montréal a signalé un lot d’insuline contrefaite. Grâce au numéro de lot qu’il avait conservé, la FDA a pu tracer la chaîne jusqu’à un laboratoire illégal en Asie. Plus de 12 000 flacons ont été arrêtés avant d’atteindre des patients.
Chaque signalement compte. Même si vous pensez que « ce n’est qu’une pilule », vous êtes la première ligne de défense. Les réseaux criminels prospèrent parce que les gens regardent ailleurs. Votre signalement peut sauver une vie - la vôtre, celle d’un parent, d’un ami, d’un inconnu.
Foire aux questions
Puis-je signaler un médicament contrefait même si je ne suis pas au Canada ou aux États-Unis ?
Oui. Si le médicament provient d’un fabricant américain ou est entré sur le territoire nord-américain, vous pouvez utiliser le système MedWatch de la FDA. Pour les autres pays, consultez le site de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour trouver le point de contact national. L’Institut de sécurité pharmaceutique (PSI) accepte aussi les signalements internationaux par email à [email protected].
Qu’est-ce qui se passe après que j’ai signalé un médicament ?
Vous recevrez un accusé de réception par email ou par courrier. Si votre signalement contient suffisamment d’informations (notamment le numéro de lot et des photos), il sera transmis à une équipe d’enquête. Vous ne serez pas tenu au courant de chaque étape - les enquêtes sont confidentielles - mais si une action importante est prise (saisie, arrestation), vous pouvez être informé si vous l’avez demandé.
Dois-je appeler la police si je vois quelqu’un vendre des pilules sur Internet ?
Non. La police locale ne traite pas les contrefaçons pharmaceutiques. Contactez directement l’Office of Criminal Investigations de la FDA (www.fda.gov/oci) ou le centre de signalement de l’OMS. La police ne peut pas accéder aux données pharmaceutiques nécessaires pour une enquête. Votre signalement via les canaux officiels est plus rapide et plus efficace.
Est-ce que les médicaments contrefaits sont courants au Canada ?
Au Canada, les médicaments achetés en pharmacie physique sont très sûrs - la réglementation est stricte. Mais les médicaments achetés en ligne, surtout depuis l’augmentation des ventes pendant la pandémie, représentent un risque croissant. En 2023, plus de 85 % des cas signalés au Canada provenaient de sites web étrangers. La plupart des médicaments contrefaits trouvés au Canada sont des opioïdes, des pilules pour la pression artérielle ou des traitements pour la dysfonction érectile.
Puis-je signaler un médicament contrefait sans donner mon nom ?
Oui. Vous pouvez signaler de manière anonyme via MedWatch ou l’OCI. Cependant, les rapports avec des coordonnées sont plus efficaces. Si les enquêteurs ont besoin de plus d’informations ou de preuves supplémentaires, ils ne peuvent pas vous contacter. Donner votre nom n’implique pas que vous serez impliqué dans une enquête - c’est juste pour faciliter la vérification.
vincent PLUTA
décembre 31, 2025 AT 01:58Je ne savais même pas qu’on pouvait signaler depuis la France. Merci pour ce guide.
Clio Goudig
janvier 1, 2026 AT 23:37Dominique Hodgson
janvier 2, 2026 AT 21:36Yseult Vrabel
janvier 4, 2026 AT 09:36Bram VAN DEURZEN
janvier 6, 2026 AT 05:50Eveline Hemmerechts
janvier 8, 2026 AT 00:33Elaine Vea Mea Duldulao
janvier 8, 2026 AT 18:34Alexandra Marie
janvier 8, 2026 AT 22:06Myriam Muñoz Marfil
janvier 9, 2026 AT 13:01Brittany Pierre
janvier 11, 2026 AT 00:04Valentin PEROUZE
janvier 11, 2026 AT 02:17Joanna Magloire
janvier 12, 2026 AT 22:41Raphael paris
janvier 14, 2026 AT 18:38Emily Elise
janvier 15, 2026 AT 03:02