Les médicaments qui mettent en danger les aînés
Vous avez peut-être vu un parent ou un proche âgé prendre plusieurs pilules chaque jour. C’est courant. Près de 40 % des personnes de 65 ans et plus prennent cinq médicaments ou plus. Mais ce n’est pas seulement une question de nombre. Certains de ces médicaments, pourtant prescrits depuis des années, sont en réalité à haut risque pour les seniors. Ils augmentent les chutes, la confusion, les hospitalisations, et même le risque de démence. La bonne nouvelle ? La plupart de ces dangers sont évitables.
En 2023, l’American Geriatrics Society a mis à jour ses Critères Beers, la référence mondiale pour identifier les médicaments à éviter chez les personnes âgées. Ces critères ne sont pas une liste de médicaments interdits. Ce sont des alertes : certains traitements, même s’ils sont efficaces pour les jeunes, deviennent dangereux avec l’âge. Le corps change. Les reins ne filtrent plus comme avant. Le foie ne métabolise plus la même façon. Et les effets secondaires, autrefois légers, deviennent graves.
Les cinq médicaments les plus dangereux - et ce qu’on peut faire à la place
Voici cinq médicaments que les médecins devraient revoir en priorité chez les aînés - avec des alternatives plus sûres, prouvées par des études.
- Zolpidem (Ambien®) : Ce somnifère est souvent prescrit pour l’insomnie. Mais chez les personnes de 65 ans et plus, il augmente le risque de chute de 82 %. Des études montrent que 22 % des utilisateurs ont chuté, certains en pleine nuit, sans se souvenir du réveil. Les effets résiduels peuvent durer jusqu’à 11 heures après la prise. Alternative : La trazodone, un antidépresseur à faible dose, est aussi efficace pour dormir - sans risque de confusion ni de chute. La thérapie comportementale pour l’insomnie (TCC-I) est encore mieux : elle réduit les troubles du sommeil de 78 % sur le long terme, sans médicament.
- Glyburide (Diabeta®) : Ce médicament pour le diabète de type 2 est un piège. Il provoque des hypoglycémies sévères chez 29,3 % des seniors, contre seulement 12,7 % avec la glipizide. Une hypoglycémie, c’est plus qu’une faim. C’est une confusion, une chute, un accident vasculaire cérébral. Des études montrent que 4,2 épisodes par an pour 100 patients mènent à une visite aux urgences. Alternative : La glipizide est bien plus sûre. Mais encore mieux : la metformine ou les inhibiteurs SGLT2 comme l’empagliflozine, qui protègent aussi le cœur et les reins.
- Diphenhydramine (Benadryl®, somnifères du commerce) : C’est l’antihistaminique qu’on trouve dans les remèdes contre le rhume, l’allergie, ou le sommeil. Mais il a un score anticholinergique de 3 - le plus élevé possible. Une exposition cumulée de plus de 1 095 jours augmente le risque de démence de 54 %. Des patients disent : « Je me sens comme dans un brouillard. » Alternative : Les antihistaminiques de deuxième génération comme la loratadine ou la cetirizine n’ont pas cet effet. Pour le sommeil, la mélatonine à faible dose (0,5 à 1 mg) est plus sûre et plus naturelle.
- Prométhazine (Phenergan®) : Prescrite pour les nausées, elle est souvent donnée en injection en milieu hospitalier. Mais chez les seniors, elle double le risque de crises d’épilepsie et augmente les mouvements involontaires chez les personnes atteintes de Parkinson. Des familles rapportent que leurs proches sont restés « comme morts » pendant plus de 24 heures après une prise. Alternative : L’ondansétron (Zofran®) est aussi efficace contre les nausées, sans risque neurologique. Elle est plus chère, mais bien plus sûre.
- Nitrofurantoïne (Macrobid®) : Ce traitement pour les infections urinaires est souvent prescrit en automne et en hiver. Mais chez les seniors avec une fonction rénale réduite (eGFR < 60), il provoque une toxicité pulmonaire mortelle dans 18,3 % des cas. Les symptômes : toux sèche, essoufflement, fièvre. On les confond souvent avec une pneumonie. Alternative : La fosfomycine (Monurol®) en une seule dose est plus sûre. Ou l’nitrofurantoïne à faible dose, mais seulement si les reins sont en bon état.
Comment savoir si un médicament est à risque ?
Il ne faut pas attendre qu’un accident arrive pour agir. Voici comment vérifier en trois étapes simples.
- Faites un « sac de médicaments » : Rassemblez toutes les pilules, gélules, patchs, et gouttes que la personne prend - même les vitamines, les herbes, et les remèdes achetés en pharmacie. Mettez-les dans un sac transparent. Apportez-le à la prochaine visite chez le médecin. Beaucoup de seniors ne savent même pas ce qu’ils prennent vraiment.
- Regardez le score anticholinergique : Certains médicaments « étouffent » le système nerveux. C’est ce qu’on appelle l’effet anticholinergique. Un score de 3 ou plus sur l’échelle ACB (Anticholinergic Cognitive Burden) est un signal d’alarme. Les médicaments comme l’amitriptyline (pour la douleur ou la dépression), la chlorphéniramine, ou le cyclobenzaprine (décontractant musculaire) sont souvent à 3. Si votre proche prend trois médicaments à score 2, c’est comme en prendre un à score 6. Le risque est cumulatif.
- Demandez : « Est-ce que ce médicament est toujours nécessaire ? » : Un médecin ne vous demande pas toujours : « Est-ce que vous avez encore besoin de ça ? » Vous devez le demander. Pour les somnifères, les anxiolytiques, les antidouleurs opioïdes, les médicaments pour la prostate ou la vessie - beaucoup sont pris depuis des années, sans réévaluation. La plupart peuvent être arrêtés, ou réduits, avec un plan de sevrage progressif.
Les erreurs courantes - et ce que les familles doivent savoir
Beaucoup de familles pensent : « S’il a pris ça pendant 10 ans, ça doit être bon. » Ce n’est pas vrai. Les médicaments ne sont pas des bijoux de famille. Ils doivent être réévalués comme un véhicule : une fois que les freins ne marchent plus, on les change.
Autre erreur : croire que les médecins savent tout. En réalité, selon une étude du Kaiser Family Foundation, 58 % des seniors ne savent pas qu’ils prennent un médicament à risque. Et seulement 32 % ont eu une discussion avec leur médecin sur les dangers. Les médecins sont surchargés. Ils ne pensent pas toujours à la liste Beers. C’est à vous d’agir.
Et puis, il y a cette idée fausse : « Il faut prendre un médicament pour dormir, pour la douleur, pour la tension. » Pas toujours. Une étude de l’Université de Californie a montré que 70 % des seniors qui arrêtent les benzodiazépines (comme le lorazépam) retrouvent un sommeil naturel en 6 semaines - sans récidive. Ce n’est pas facile, mais c’est possible - avec du soutien.
Comment changer en toute sécurité ?
Arrêter un médicament à risque ne se fait pas du jour au lendemain. Certains, comme les benzodiazépines ou les antidouleurs opioïdes, peuvent provoquer des symptômes de sevrage graves si on les coupe brutalement.
Voici comment faire :
- Travaillez avec un pharmacien : Les pharmaciens sont les experts des interactions médicamenteuses. Ils peuvent vous dire quels médicaments s’annulent entre eux. Dans 6 mois, les patients qui ont eu un suivi pharmacologique réduisent leur prise de médicaments à risque de 35 %.
- Utilisez un plan de sevrage : Pour les somnifères ou les anxiolytiques, réduisez la dose de 10 à 25 % toutes les deux semaines. Cela prend 4 à 6 semaines. Pendant ce temps, ajoutez des stratégies non médicamenteuses : une routine de sommeil, une promenade du soir, une boisson chaude sans caféine.
- Surveillez les signes : Si votre proche devient plus confus, plus faible, ou s’il a des tremblements après un changement de médicament, appelez le médecin. Ce n’est pas un échec. C’est une information précieuse.
Les outils qui peuvent vous aider
Il existe des ressources gratuites pour vous aider à décrypter les ordonnances.
- La liste Beers 2023 : Vous pouvez la télécharger gratuitement sur le site de l’American Geriatrics Society. Elle est en anglais, mais vous pouvez la faire traduire par un pharmacien.
- Le score ACB : Taper « Anticholinergic Burden Scale » dans un moteur de recherche vous donnera une table simple. Vous pouvez la coller dans un document et noter les médicaments de votre proche.
- Les alertes électroniques : Depuis 2023, les dossiers médicaux électroniques comme Epic et Cerner affichent une alerte automatique quand un médecin prescrit un médicament à risque à un patient de plus de 65 ans. Si votre médecin ne voit pas cette alerte, demandez-lui pourquoi.
Que faire maintenant ?
Vous n’avez pas besoin d’être un expert. Vous avez juste besoin d’être vigilant.
Prenez 10 minutes cette semaine. Faites une liste de tous les médicaments que prend un proche âgé. Cherchez sur internet le nom de chaque médicament + « critères Beers » ou « risque seniors ». Vous verrez des résultats clairs. Si vous trouvez un médicament à risque, notez-le. Apportez cette liste à la prochaine visite médicale. Posez cette question simple : « Est-ce que ce médicament est encore nécessaire ? Y a-t-il une alternative plus sûre ? »
Changer un médicament à risque, c’est comme retirer un piège. Cela ne fait pas de bruit. Mais ça sauve des vies.
Quels sont les médicaments les plus dangereux pour les aînés selon les critères Beers 2023 ?
Les médicaments les plus dangereux incluent le zolpidem (pour le sommeil), le glyburide (pour le diabète), la diphenhydramine (dans les médicaments contre le rhume ou l’insomnie), la prométhazine (pour les nausées), et la nitrofurantoïne (pour les infections urinaires). Ces médicaments augmentent les chutes, la confusion, les crises d’épilepsie, et les réactions pulmonaires mortelles chez les personnes âgées, surtout si elles ont des reins ou un foie moins performants.
Pourquoi les médicaments sont-ils plus dangereux pour les seniors ?
Avec l’âge, les reins et le foie ne filtrent plus les médicaments aussi bien. Le corps retient plus de substances, ce qui augmente les effets secondaires. De plus, le cerveau vieillissant est plus sensible aux médicaments qui affectent la mémoire et la coordination. Même une dose « normale » pour un adulte plus jeune peut devenir toxique pour une personne de 75 ans.
Comment savoir si un médicament a un effet anticholinergique ?
Recherchez le nom du médicament suivi de « Anticholinergic Burden Scale » ou « ACB score ». Les médicaments comme la diphenhydramine, l’amitriptyline, la chlorphéniramine, ou le cyclobenzaprine ont un score de 3, le plus élevé. Si une personne en prend trois ou plus, le risque de démence augmente de façon significative. Les pharmacies peuvent aussi vous donner cette information.
Est-ce que les médicaments en vente libre sont sûrs pour les aînés ?
Non. Beaucoup de médicaments en vente libre contiennent de la diphenhydramine ou de la prométhazine, souvent cachée sous des noms comme « somnifère nuit » ou « soulagement du rhume ». Même les gélules de mélatonine peuvent contenir des additifs dangereux. Toujours vérifier la liste des ingrédients. Ne pas supposer qu’un produit « naturel » ou « sans ordonnance » est sûr.
Que faire si le médecin refuse de changer un médicament à risque ?
Demandez une consultation avec un pharmacien spécialisé en gériatrie. Beaucoup d’hôpitaux et de cliniques les ont. Si cela ne suffit pas, demandez un deuxième avis. Vous avez le droit de demander à voir les preuves scientifiques qui justifient la prescription. Les critères Beers sont reconnus par Medicare, les hôpitaux et les organismes de santé. Si un médecin les ignore, il vaut mieux chercher un autre professionnel.
Clément DECORDE
janvier 31, 2026 AT 07:28Et la diphenhydramine dans les gélules du coin ? Elle en prenait 2 par jour depuis 12 ans. J'ai trouvé le score ACB à 3. On l'a changée pour de la mélatonine. Rien de magique, mais plus de brouillard le matin.
Anne Yale
janvier 31, 2026 AT 22:21james hardware
février 1, 2026 AT 04:46alain saintagne
février 2, 2026 AT 09:14Benoit Dutartre
février 2, 2026 AT 12:29Brigitte Alamani
février 3, 2026 AT 19:16