Maladies zoonotiques : transmission animale-humaine et prévention

Maladies zoonotiques : transmission animale-humaine et prévention
vicky herrera févr., 9 2026

Vous avez peut-être entendu parler de la grippe aviaire, de la rage ou encore de la salmonellose liée à un reptile domestique. Ce ne sont pas juste des infections humaines. Ce sont des maladies zoonotiques : des maladies qui passent naturellement des animaux aux humains. Et elles sont bien plus courantes qu’on ne le pense. Selon l’Organisation mondiale de la santé, environ 60 % de toutes les maladies infectieuses humaines viennent des animaux. Et 75 % des maladies émergentes - celles qui apparaissent soudainement - ont leur origine chez les animaux sauvages ou domestiques.

Comment une maladie passe-t-elle d’un animal à un humain ?

Ce n’est pas un mystère. Les pathogènes - virus, bactéries, parasites ou champignons - trouvent des voies bien précises pour franchir la barrière entre les espèces. La première voie, la plus directe, c’est le contact. Vous caressez votre chat, vous le changez de litière, vous êtes mordu par un chien, vous manipulez un poulet cru : chaque geste peut être une porte d’entrée. Une étude de la CDC montre que 23 % des propriétaires de pets ont été exposés à une zoonose, souvent sans le savoir. Le ringworm (une mycose de la peau) et la maladie des griffes du chat sont les plus fréquents chez les familles.

Ensuite, il y a les contacts indirects. Vous marchez dans un parc où des rats ont laissé leurs excréments, vous touchez une surface contaminée dans une ferme, vous nettoyez une cage de tortue sans vous laver les mains : les microbes restent actifs des heures, voire des jours. Un cas récent au Wisconsin a montré qu’une famille entière a attrapé la salmonellose après avoir touché des tortues. L’enfant de deux ans a dû être hospitalisé pour déshydratation. Pas de morsure. Pas de mordu. Juste une main sale après avoir tenu un animal.

Les vecteurs, comme les moustiques, les tiques ou les puces, sont aussi des messagers invisibles. La maladie de Lyme, transmise par une tique qui s’est nourrie d’un cerf infecté, a augmenté de 45 % dans les régions du sud du Québec ces dix dernières années. Le climat qui se réchauffe étend leur territoire. Ce n’est plus une maladie des États-Unis. C’est une menace ici, chez nous, à Montréal.

Et puis, il y a la nourriture. Une viande mal cuite, du lait non pasteurisé, des œufs crus : chaque année, 1 Américain sur 6 tombe malade à cause d’un aliment contaminé d’origine animale. En 2022, 17 cas de campylobacteriose au Minnesota ont été directement liés à la manipulation de reptiles. Tous les patients avaient touché un lézard ou une tortue avant de tomber malades. Et 76 % ont eu besoin d’antibiotiques.

Les maladies les plus dangereuses - et ce qu’elles coûtent

La rage est l’exemple le plus effrayant. Une fois les symptômes apparus, elle est presque toujours mortelle. Pourtant, elle est entièrement évitable. Un seul vaccin pour les chiens et chats, et une bonne hygiène après une morsure, sauvent des vies. En Ouganda, une campagne de vaccination canine a réduit les décès humains de 92 %. Pas de mystère : quand on protège les animaux, on protège les gens.

La salmonellose, elle, n’est pas aussi mortelle, mais elle est partout. Des poulets, des œufs, des reptiles, même des chinchillas. En 2023, un vétérinaire au Wisconsin a signalé 12 cas de tularemie chez des chasseurs après avoir manipulé des lapins sauvages. Symptômes : fièvre à 104 °F, ulcères à la peau, ganglions enflés. Traitement : 21 jours d’antibiotiques. Pas de jeu. Pas de chance. Juste une mauvaise habitude : ne pas porter de gants.

Et puis, il y a les maladies plus rares mais plus complexes. La psittacose, transmise par les oiseaux de compagnie, peut causer une pneumonie sévère. Un éleveur de volailles en Alberta a passé 14 jours à l’hôpital après avoir contracté cette maladie. Sa toux a duré huit semaines. Il n’avait jamais entendu parler de cette possibilité. Et pourtant, c’est une infection connue depuis des décennies.

Les coûts ? Énormes. Chaque pandémie d’origine animale - comme Ebola ou la COVID-19 - coûte plus de 100 milliards de dollars. Les pertes agricoles dues à la brucellose (une maladie bovine) s’élèvent à 3,5 milliards de dollars par an dans le monde. Et ce n’est que la pointe de l’iceberg. Les systèmes de santé sont mal préparés. 68 % des médecins au Canada et aux États-Unis n’ont reçu aucune formation spécifique sur les zoonoses. Ils ne reconnaissent pas les signes. Ils ne posent pas les bonnes questions. "Avez-vous eu un contact récent avec un animal ?" C’est une question que presque personne ne pose.

Comment se protéger ? Des gestes simples, mais cruciaux

La bonne nouvelle, c’est que la plupart de ces maladies sont évitables. Pas besoin de technologies complexes. Pas besoin d’attendre une découverte scientifique. Il suffit de changer quelques habitudes.

  • Lavez-vous les mains 20 secondes avec du savon après tout contact avec un animal, son environnement, ou ses déchets. Une étude de la CDC montre que ça réduit la transmission des germes de 90 %. Pas de savon antibactérien. Juste du savon ordinaire. Et de l’eau.
  • Portez des gants quand vous nettoyez une litière, un enclos, ou manipulez des animaux morts. Une étude publiée dans JAMA Internal Medicine a montré que ça réduit le risque d’infection de 85 %.
  • Cuisez la viande à la bonne température. 74 °C pour le bœuf, 74 °C pour le porc, et 165 °F (74 °C) pour le poulet. C’est la seule façon d’éliminer la salmonelle et la campylobactérie. Ne vous fiez pas à la couleur. Utilisez un thermomètre à viande.
  • Évitez les animaux sauvages. Même s’ils semblent doux. Un cerf, un rat, une chauve-souris : ils ne sont pas faits pour être caressés. Les contacts rapprochés avec la faune sauvage sont responsables de 31 % des nouvelles maladies émergentes, selon l’expert Peter Daszak.
  • Surveillez vos animaux de compagnie. Un chat qui ne mange plus, un chien qui tremble, un oiseau qui perd ses plumes : ce ne sont pas juste des caprices. Ce sont des signaux. Emmenez-les chez le vétérinaire. Un animal malade peut être un vecteur invisible.
  • Éliminez les points d’eau stagnante dans votre jardin. Les moustiques se reproduisent là. Et avec eux, les maladies comme la fièvre du Nil occidental ou la maladie de Lyme.
Tique dans une forêt du Québec transmettant la maladie de Lyme vers une ville lointaine.

Le modèle "One Health" : une seule santé pour tous

Il n’y a pas de séparation entre la santé des humains, celle des animaux et celle de l’environnement. C’est une seule et même chose. C’est ce que les experts appellent le modèle "One Health" - une seule santé.

Les pays qui l’appliquent ont réduit leurs épidémies de zoonoses de 37 %. En Europe, la directive de l’Union européenne oblige les pays à surveiller les maladies animales et humaines ensemble. Ici, au Canada, les systèmes sont fragmentés. Les vétérinaires, les médecins, les écologistes travaillent souvent dans des silos. Le résultat ? Des retards. Des diagnostics manqués. Des épidémies qui se propagent avant qu’on les voie.

La CDC vient d’annoncer 25 millions de dollars pour créer des centres universitaires "One Health" au Canada et aux États-Unis. L’idée ? Former les futurs médecins, vétérinaires et écologues à travailler ensemble. Parce qu’un médecin qui ne sait pas que son patient a eu un contact avec un reptile va rater un diagnostic. Un vétérinaire qui ne signale pas un cas de rage chez un chien met toute la communauté en danger.

Les erreurs à ne pas commettre

Beaucoup de gens pensent que "si mon animal est en bonne santé, je suis à l’abri". Faux. Un animal peut être porteur sans montrer de symptômes. Une tortue peut transporter la salmonellose sans avoir l’air malade. Un chat peut avoir des puces qui transmettent la rage sans être agressif.

Autre erreur : croire que "ce n’est pas grave, je suis adulte". Les enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes et les personnes immunodéprimées sont les plus vulnérables. Un bébé de deux ans a plus de chances de finir à l’hôpital avec une salmonellose qu’un adulte en bonne santé.

Et puis, il y a la négligence des professionnels. Les vétérinaires sont 8 fois plus exposés que la population générale. Les éleveurs, les bouchers, les travailleurs des abattoirs : ils sont en première ligne. Pourtant, très peu ont accès à des formations régulières. Le Canada n’a pas encore de programme national de prévention pour ces travailleurs.

Trois professionnels unis sous un globe symbolisant la santé unique pour humains, animaux et environnement.

Que faire si vous pensez avoir été exposé ?

Si vous avez été mordu, griffé, ou si vous avez eu un contact avec un animal sauvage et que vous développez une fièvre, des douleurs musculaires, une diarrhée ou une éruption cutanée dans les jours suivants : consultez un médecin et dites-lui exactement ce que vous avez fait. Ne dites pas "j’ai eu un contact avec un animal". Dites : "j’ai nettoyé la cage de ma tortue sans me laver les mains" ou "j’ai été mordu par un chien errant". Plus vous êtes précis, plus le diagnostic sera rapide.

Ne prenez pas d’antibiotiques sans ordonnance. Les bactéries résistantes aux antibiotiques sont déjà responsables de 2,8 millions d’infections aux États-Unis chaque année - dont 20 % viennent des animaux. Chaque usage inutile renforce cette menace.

Quelles sont les maladies zoonotiques les plus courantes au Canada ?

Au Canada, les maladies zoonotiques les plus fréquentes sont la salmonellose (souvent liée aux reptiles et aux poulets), la maladie des griffes du chat, le ringworm (mycose de la peau transmise par les chats et chiens), la maladie de Lyme (transmise par les tiques), et la rage (bien que rare, elle reste mortelle). Les cas de tularemie et de campylobacteriose sont moins courants mais augmentent, surtout chez les chasseurs et les propriétaires de reptiles.

Les animaux de compagnie sont-ils dangereux pour la santé humaine ?

Ils ne sont pas dangereux en soi. Mais ils peuvent transporter des germes sans montrer de symptômes. Les reptiles, les oiseaux, les rongeurs et même les chats et chiens peuvent transmettre des maladies. La clé, c’est l’hygiène : lavez-vous les mains après les avoir touchés, ne les laissez pas manger sur vos surfaces de cuisine, et faites-les contrôler régulièrement par un vétérinaire.

Pourquoi les reptiles sont-ils particulièrement à risque ?

Les reptiles portent naturellement la salmonelle et la campylobactérie dans leur intestin, sans être malades. Ils ne transmettent pas la maladie par morsure, mais par contact avec leur peau, leur enclos ou leur eau. La CDC rapporte que 76 % des cas de campylobacteriose chez les enfants sont liés à la manipulation de reptiles. Interdire leur vente aux familles avec enfants de moins de 5 ans a réduit les cas de 60 % dans certains États américains.

Le vaccin contre la rage existe-t-il pour les humains au Canada ?

Oui, mais il n’est pas administré à tout le monde. Il est réservé aux personnes à risque élevé : vétérinaires, travailleurs des abattoirs, chasseurs dans les régions où la rage est présente chez les renards ou les chauves-souris. Pour la population générale, le traitement post-exposition (nettoyage + injections) est très efficace si fait rapidement après une morsure.

Le changement climatique augmente-t-il le risque de maladies zoonotiques ?

Oui, fortement. Le réchauffement permet aux tiques et aux moustiques de survivre plus longtemps et de s’étendre vers le nord. Le Québec voit déjà une augmentation des cas de Lyme. D’ici 2050, selon des études du Lancet, 45 % plus de zones au Canada seront propices à la transmission de cette maladie. Les inondations et les sécheresses perturbent aussi les habitats naturels, forçant les animaux sauvages à entrer en contact plus fréquent avec les humains.

Et maintenant ?

Vous ne pouvez pas contrôler les virus. Mais vous pouvez contrôler vos gestes. Lavez-vous les mains. Ne touchez pas les animaux sauvages. Cuisez la viande. Écoutez votre vétérinaire. Signalez les comportements étranges chez vos animaux. Parce que la prochaine épidémie ne viendra pas d’un laboratoire. Elle viendra d’un chat, d’une tortue, d’une tique, ou d’un poulet que vous avez acheté au marché.

La santé de nos animaux est la santé de nos enfants. Et la santé de nos enfants, c’est la nôtre.