En Australie, le Pharmaceutical Benefits Scheme (PBS) est bien plus qu’un programme de subventions pour les médicaments. C’est le pilier qui permet à des millions de personnes d’accéder à des traitements essentiels sans se ruiner. Depuis sa création en 1948, le PBS a transformé la manière dont les Australiens obtiennent leurs médicaments. Aujourd’hui, près de 87 % des ordonnances sont couvertes par ce système, et plus de 5 400 médicaments sont listés - dont la majorité sont des génériques.
Comment fonctionne le PBS ?
Le PBS fonctionne comme un contrat entre le gouvernement australien et les fabricants de médicaments. Le gouvernement négocie des prix bas en échange d’un accès massif au marché. Les patients paient seulement une part du coût - 7,70 $ pour les bénéficiaires de cartes de concession, et 31,60 $ pour les autres - tandis que le PBS couvre le reste. Ce montant est ajusté chaque année selon l’indice des prix à la consommation, mais une mesure récente a gelé ce prix en 2025 pour éviter une hausse automatique à 32,80 $. À partir du 1er janvier 2026, cette somme passera à 25 $, ce qui représente une réduction significative pour les patients.
Le système ne s’arrête pas là. Il y a un seuil de sécurité annuel : une fois que vous avez payé 1 571,70 $ en co-paiements en une année, vos médicaments deviennent presque gratuits pour le reste de l’année. Pour les détenteurs de carte de concession, ce seuil est bien plus bas, et après l’avoir atteint, ils ne paient plus que 31,60 $ par ordonnance - même si le médicament coûte des centaines de dollars.
Les génériques : la clé du succès du PBS
Le PBS repose en grande partie sur les médicaments génériques. En volume, 84 % des prescriptions pour des médicaments hors brevet sont des génériques - le taux le plus élevé parmi les pays de l’OCDE. Mais en valeur, ils ne représentent que 22 % des dépenses totales du PBS. Pourquoi ? Parce que les génériques sont beaucoup moins chers que les médicaments d’origine.
Le système de prix de référence, introduit en 2007, pousse les pharmacies et les patients à choisir la version la moins chère d’un médicament dans un groupe thérapeutique. Par exemple, si trois médicaments traitent l’hypertension et que l’un coûte 5 $, les deux autres sont automatiquement ajustés à ce prix ou en dessous. Cela force les fabricants à baisser leurs prix pour rester compétitifs.
Les résultats sont frappants : dès qu’un médicament perd son brevet, son prix chute de 62 % en moyenne dans les 12 mois suivants. Dans les catégories comme les statines (pour le cholestérol), les génériques atteignent 95 % de part de marché en 18 mois. Mais dans les traitements biologiques - comme ceux pour le cancer ou les maladies auto-immunes - la pénétration des génériques n’est que de 63 %, car les règles de substitution sont plus strictes et les processus plus complexes.
Qui décide ce qui est remboursé ?
Le Pharmaceutical Benefits Advisory Committee (PBAC) est le comité technique qui juge si un médicament mérite d’être inclus dans le PBS. Il ne regarde pas seulement si le médicament fonctionne, mais aussi s’il vaut le prix demandé. Le critère principal est le coût par année de vie ajustée en qualité (QALY). En général, si un traitement coûte plus de 50 000 $ australiens par QALY, il est rejeté. Mais ce n’est pas une règle absolue.
Des traitements pour des maladies rares ont été approuvés à plus de 150 000 $ par QALY, grâce au Highly Specialised Drugs Program (HSDP). Ce programme a des critères très stricts : la maladie doit être grave, rare, et avoir un impact majeur sur l’espérance de vie. Mais même avec ces exceptions, des patients souffrant de maladies ultra-rares attendent encore des années pour avoir accès à leur traitement.
Les retards : un problème persistant
Le PBS est efficace, mais lent. Un médicament approuvé par l’Agence australienne des produits thérapeutiques (TGA) peut attendre en moyenne 14,2 mois avant d’être listé sur le PBS. Pendant ce temps, les patients doivent payer le prix plein - en moyenne 1 850 $ par traitement. Cela crée une situation absurde : un médicament est jugé sûr et efficace, mais il est inaccessible pour la plupart des gens.
Un rapport de KPMG en 2024 montre que le délai moyen entre le lancement mondial d’un médicament et son inclusion dans le PBS est de 587 jours. En Allemagne, c’est 320 jours. Au Canada, 410 jours. L’Australie traîne derrière. Ce retard coûte cher - non seulement en argent, mais en vies.
Qui paie vraiment ?
Le PBS est financé par les impôts, mais les patients paient aussi. En 2022-23, le programme a coûté 13,5 milliards de dollars australiens - soit 1,1 % du PIB. Les projections prévoient qu’il atteindra 18,7 milliards d’ici 2030. Ce n’est pas une crise immédiate, mais une pression croissante.
Les critiques soulignent que le système est de plus en plus vulnérable. Le nombre de personnes âgées augmente, les traitements pour le cancer et les maladies chroniques deviennent de plus en plus chers, et les brevets s’effondrent plus lentement. Le Dr John Skerritt, ancien haut fonctionnaire de la santé, a averti en 2025 que les dépenses du PBS pourraient atteindre 2,6 % du PIB d’ici 2045 - contre 0,7 % en 2005. C’est une trajectoire insoutenable.
Pourtant, les gains sont énormes. Selon l’Institut Grattan, les Australiens paient 67 % moins pour leurs médicaments grâce au PBS. Sans lui, les ménages dépenseraient 13 milliards de dollars par an en plus. Pour beaucoup, c’est une question de survie.
Les inégalités cachées
Le PBS est conçu pour être équitable, mais la réalité est différente. En 2024, 12,3 % des patients sans carte de concession ont avoué avoir sauté des doses ou n’avoir pas rempli leurs ordonnances parce qu’ils ne pouvaient pas se les permettre. Cela représente 1,8 million de personnes. Pour les personnes âgées sans revenu suffisant, le coût mensuel de cinq médicaments à 31,60 $ chacun - soit 158 $ - peut forcer un choix entre la nourriture et les médicaments.
Un rapport du Conseil australien des services sociaux montre que 28 % des ménages à faible revenu avec plusieurs maladies chroniques réduisent leur budget alimentaire pour payer leurs traitements. 17 % disent avoir sauté des doses. Ce n’est pas un problème de système, c’est un problème humain.
En revanche, les patients qui atteignent le seuil de sécurité disent que le PBS les a sauvés. Une infirmière à Melbourne a raconté sur Reddit : « Une fois que mes patients atteignent le seuil, leurs médicaments deviennent abordables. C’est la seule chose qui les empêche de mourir prématurément. »
Le rôle des pharmaciens et des médecins
Les pharmaciens sont au cœur du système. Chaque jour, ils traitent en moyenne 17,3 transactions PBS. Un tiers d’entre elles concernent des médicaments qui nécessitent une autorisation préalable - un processus bureaucratique qui prend en moyenne 1,8 jour pour les demandes électroniques, mais jusqu’à 7,3 jours pour les formulaires papier. Cela ralentit les traitements, crée du stress et augmente le risque d’abandon.
Les médecins généralistes passent des heures à remplir des formulaires pour des médicaments qui sont déjà approuvés par le TGA. Selon un sondage de l’Académie royale australienne des médecins généralistes, 43 % d’entre eux trouvent le processus trop lourd. Pour un nouveau médecin, il faut environ 40 heures de formation pour comprendre les règles du PBS.
Que changer en 2025-2026 ?
Le gouvernement a annoncé plusieurs réformes. Le 1er janvier 2026, la co-paiement général passera à 25 $, ce qui représente une économie de 784 millions de dollars pour les patients sur quatre ans. En même temps, 1,2 milliard de dollars ont été alloués pour ajouter de nouveaux médicaments au PBS, notamment pour le cancer de la prostate et l’endométriose.
Le HSDP va aussi être assoupli : deux des huit critères pour accéder aux médicaments rares seront relâchés. Cela pourrait permettre à des centaines de patients de recevoir des traitements qu’ils attendaient depuis des années.
Le système va aussi devenir plus numérique. Une nouvelle plateforme d’analyse par intelligence artificielle va surveiller les prescriptions pour détecter les usages inappropriés - un problème qui coûte 1,2 milliard de dollars par an, selon le vérificateur général.
Le PBS : un modèle à suivre… avec des failles
Le PBS est l’un des systèmes de médicaments les plus efficaces au monde. Il permet un accès universel, réduit les coûts, et encourage la concurrence des génériques. Mais il est aussi ralenti par la bureaucratie, les retards d’approbation, et les inégalités de financement.
Il ne résout pas tous les problèmes. Il ne rend pas les médicaments gratuits. Il ne garantit pas un accès rapide. Mais il rend possible ce que la plupart des pays occidentaux ne peuvent pas offrir : un système où un retraité, un enfant atteint d’asthme, ou un patient atteint de diabète peut se procurer ses médicaments sans se ruiner.
Le défi maintenant n’est pas de le remplacer, mais de l’améliorer - plus vite, plus juste, et avec moins de paperasse.
Qu’est-ce que le PBS en Australie ?
Le Pharmaceutical Benefits Scheme (PBS) est le programme du gouvernement australien qui subventionne les médicaments sur ordonnance pour les résidents et certains visiteurs étrangers. Il couvre environ 87 % des ordonnances et permet aux patients de payer seulement une partie du coût, le reste étant pris en charge par l’État.
Combien paient les patients pour leurs médicaments sur le PBS ?
En 2025, les patients généraux paient 31,60 $ par ordonnance, et les détenteurs de carte de concession paient 7,70 $. À partir du 1er janvier 2026, le montant pour les patients généraux passera à 25 $. Après avoir atteint un seuil annuel de 1 571,70 $, les co-paiements deviennent fixes à 31,60 $ pour les patients généraux.
Pourquoi les génériques sont-ils si importants dans le PBS ?
Les génériques représentent 84 % des prescriptions en volume et permettent de réduire considérablement les coûts. Le PBS utilise un système de prix de référence qui oblige les fabricants à baisser leurs prix pour rester compétitifs. Cela a conduit à une chute moyenne de 62 % du prix des génériques dans les 12 mois suivant l’expiration du brevet.
Pourquoi certains médicaments ne sont-ils pas disponibles sur le PBS ?
Un médicament doit passer par le PBAC, qui évalue son efficacité clinique et son rapport coût-efficacité. Si le coût par année de vie ajustée en qualité dépasse environ 50 000 $, il est souvent rejeté, sauf pour les maladies rares. De plus, il faut souvent attendre plus d’un an après son approbation par le TGA pour qu’il soit listé sur le PBS.
Quels sont les principaux défis du PBS aujourd’hui ?
Les principaux défis sont les retards d’approbation des médicaments, les inégalités d’accès pour les patients sans carte de concession, la pression budgétaire croissante due au vieillissement de la population, et la bureaucratie lourde qui ralentit les prescriptions. Le système est efficace, mais il doit s’adapter aux traitements de plus en plus coûteux et complexes.
Didier Bottineau
décembre 13, 2025 AT 06:55Le PBS, c’est un peu le Saint-Graal des systèmes de santé, mais bon, faut pas rêver : 14 mois d’attente pour un médicament qui existe déjà ? C’est du délire bureaucratique. J’ai vu des gens en France attendre 3 mois pour un traitement, là c’est de la torture à l’échelle nationale. Et puis ce truc de 25 $ en 2026 ? Bienvenue dans le monde réel, les Australiens.
Audrey Anyanwu
décembre 14, 2025 AT 15:08Je trouve ça incroyable que les génériques soient si efficaces en volume mais si peu en valeur… ça veut dire que les gens prennent plein de trucs pas chers, mais que les vrais coûts viennent des 15 % de médicaments ultra-chers. Et les biologiques ? Genre, on les traite comme des diamants alors qu’ils devraient être accessibles. 🤔
Muriel Randrianjafy
décembre 16, 2025 AT 05:512,6 % du PIB en 2045 ? T’as vu la tête du budget australien ? Ils vont devoir choisir entre les médicaments et les écoles ou les routes. C’est pas une question de santé, c’est une question de politique. Et puis bon, 50 000 $ par QALY, c’est du vol pour les maladies rares. J’ai un cousin qui attend son traitement depuis 5 ans, et il a pas même une carte de concession.
Margaux Brick
décembre 17, 2025 AT 20:36Je suis infirmière à Lyon, et j’ai vu des patients sauter des doses parce qu’ils avaient pas assez pour manger. Ce que vous décrivez ici, ça me fait pleurer. Le PBS n’est pas parfait, mais il sauve des vies. Et si on pouvait juste réduire la paperasse… un peu… juste un peu ?
Philippe Desjardins
décembre 19, 2025 AT 11:25Le PBS est un modèle, mais il est aussi un miroir : il montre à quel point on peut organiser la solidarité, et à quel point on peut la briser par la lenteur. Ce n’est pas le prix des médicaments qui tue, c’est l’attente. Et ce n’est pas la bureaucratie qui est le problème, c’est notre incapacité collective à la voir comme un obstacle moral, pas administratif.
Sophie Britte
décembre 19, 2025 AT 20:28Je trouve ça incroyable que les pharmaciens traitent 17,3 transactions PBS par jour… et que 1/3 nécessitent une autorisation préalable. C’est comme si on demandait à un chauffeur de bus de remplir un formulaire avant chaque arrêt. On dirait qu’on veut protéger les gens… en les étouffant.
Fatou Ba
décembre 21, 2025 AT 18:37Le PBS est une lumière dans l’obscurité pour les gens pauvres. Mais quand tu vis dans un pays où les gens meurent parce qu’ils n’ont pas de carte de concession, c’est pas un système équitable, c’est un système qui fait des choix. Et ces choix, ils sont humains. Pas techniques.
Alexis Winters
décembre 22, 2025 AT 06:08Le PBS, dans sa structure, incarne une vision de la santé comme droit fondamental - et non comme marchandise. Ce n’est pas parfait, loin de là : les délais, les inégalités, la bureaucratie - tout cela est réel. Mais il reste l’un des rares systèmes au monde où l’on ne demande pas à un retraité de choisir entre sa médication et son repas. Et cette valeur morale, elle ne se calcule pas en QALY. Elle se ressent.
Rawlson King
décembre 23, 2025 AT 14:4684 % de génériques en volume, mais 22 % des coûts ? C’est la preuve que le système marche. Point.